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N°9,
automne 2002
Fidèle
à son programme de description et de critique des
situations construites, Le Visiteur propose, dans sa neuvième
livraison, des visites très différentes par
la nature et l'échelle des sites considérés
: un bâtiment culturel branché, le nouveau
Palais de Tokyo, paradoxale "réhabilitation"
d'un musée du 16e arrondissement en squat berlinois
; un village de Bourgogne submergé par quarante années
de vagues pavillonnaires ; les vestiges bien réels
d'un paysage militaire mythique, celui de la ligne Maginot.
Ce thème du paysage militaire se retrouve dans un
essai magistral consacré à la pensée
territoriale de cet infatigable visiteur que fut Vauban
et au rôle qu'elle a effectivement joué dans
la construction de l'idée du territoire national.
Enfin, un article revient sur lapprentissage de cet
autodidacte auto-proclamé que fut Le Corbusier à
la lumière de sa correspondance avec ses quatre maîtres.
Françoise Fromonot - Co-rédactrice
en chef
Éditorial
Sébastien Marot
L'économie
de l'architecture
à propos de la rénovation du Palais de Tokyo
Valéry Didelon
Pourquoi
l'architecture devrait-elle être économique
? Son faible coût conférerait-t-il à
l'esthétique d'un bâtiment une vertu particulière
? L'architettura povera s'impose aujourd'hui en France
comme une tendance, qui a récemment trouvé
une forme d'apothéose avec la reconversion, en Site
de création contemporaine, d'une aile du Palais de
Tokyo à Paris. A l'occasion d'une visite sur place,
Valéry Didelon s'interroge sur les stratégies
qui gouvernent ce projet ainsi que sur la posture qu'il
représente.
Les
champs, le maire et les pavillons
K.A.R.L.S. (1)
En
un demi-siècle, Chatenay-le-Royal, bourg de 1000
habitants, s'est métamorphosé en une cité
pavillonaire de 6000 résidents. Le présent
article met en lumière les raisons d'une urganisation
banale, à laquelle la spéculation sur les
ténements foncirs libérés par une agriculture
en déclin aura finalement tenu lieu de programme.
Alors qu'aucune évolution structurelle n'est venue
enrayer cette mécanique, il s'interroge sur les moyens
d'envisager aujourd'hui les formes d'une nouvelle symbiose
entre ville et campagne.
(1) Karen McCormick, Adeline Laurin, Romain Kiesgen, Léon
Garaix, Sébastien Chambe
Le
Corbusier : l'élève et ses maîtres
Marie-Jeanne Dumont
Si
Le Corbusier, sur le tard, s'est proclamé autodidacte,
sa correspondance montre qu'il s'est donné, durant
ses quinze années de formation, quatre maîtres
- chacun dans un domaine précis, avec une autorité
et une responsabilité particulières à
son égard. Conservées dans leur totalité,
ces lettres forment un témoignage unique sur l'élaboration
de la pensée de celui qui avait entrepris de refonder
l'architecture moderne et, à l'époque de l'autodidaxie
institutionnalisée, une inépuisable matière
à réflexion sur l'enseignement de l'architecture.
Marie-Jeanne Dumont, révèle quel élève
modèle fut en fait le jeune Charles-Edouard Jeanneret.
Maginot,
la ligne en fuite
Aurélien Masurel
Censée
barrer l'accès du territoire français à
l'armée allemande lors de la Seconde Guerre mondiale
(avec l'insuccès que l'on sait), la ligne Maginot
est aujourd'hui l'exemple même de l'anti-monument.
Son échec honteux et sa présence quasi fantomatique,
dans un paysage de confins peu visité, font qu'elle
ne s'est conservée dans la mémoire collective
que comme un nom, une virtualité, une sorte de mythe.
En s'attachant à la reconnaître dans le paysage,
et à la pister dans des archives militaires, Aurélien
Masurel analyse ici les raisons d'une disparition.
Les
voyages de Vauban : le pays visité
Guillaume Monsaingeon
Le
nom de Vauban est indissolublement lié à tout
un patrimoine d'ouvrages militaires construits pendant le
règne de Louis XVI sur le limes du territoire
classique français, alors en voie de constitution.
Le célébrissime ingénieur, pourtant,
n'a pas laissé que des constructions, mais également
une oeuvre théorique, économique et fiscale
qui, bien qu'assez méconnue, constitue une étape
significative dans la généalogie de l'idée
de nation. Guillaume Monsaingeon se penche sur l'expérience
qui fut à l'arrière-plan de cette oeuvre bicéphale
: les voyages incessants d'un "visiteur de places"
appelé sur tous les fronts et attentif à tout
écrire dans une correspondance qu'il faudra sans
doute considérer, elle aussi, comme l'un des monuments
du Grand Siècle.
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