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BULLETIN 36 - novembre - mars 2002

PATRIMOINE ET DÉMOCRATIE
Benoît Peaucelle - Président de la SFA

L’Architecture ne sera évidemment pas au coeur du débat électoral en cours dans une France assoupie alors que le gouvernement n’a pas réussi à faire aboutir le projet de réforme de la loi 77.

Le dernier débat de la législature s’est pourtant subrepticement emparé du sujet par le détour du Patrimoine. En effet, l’article 111 de la loi sur la Démocratie de Proximité permet aux collectivités territoriales d’exercer à titre expérimental et dans le cadre de conventions, certaines compétences de l’Etat en matière de conduite de l’inventaire des Monuments et richesses artistiques de la France, d’inscription d’immeubles à l’Inventaire Supplémentaire ou de classement de monuments historiques et d’autorisation de travaux sur ces immeubles ou ceux situés dans leur champ de visibilité.

Ainsi, les élus locaux entendent attaquer le pouvoir régalien de l’Etat en matière de Patrimoine. Il n’est pas certain que cette mesure expérimentale soit appliquée. Mais le fait qu’elle existe pose un problème de fond. En effet, le Patrimoine, tel qu’il est défini par l’Abbé Grégoire puis par la loi de 1913, n’est-il pas avant tout le patrimoine de la Nation ? Est-il cohérent de vouloir inscrire la Cathédrale de Strasbourg au Patrimoine de l’Humanité de l’UNESCO et en même temps de réduire sa gestion à un problème de démocratie de proximité ?

Il me semble que l’article 111 de la loi repose sur une erreur fondamentale qui conduit à inverser le principe de subsidiarité. Il est normal et souhaitable que l’Architecture et le Cadre de Vie soient un enjeu de la démocratie de proximité. Il est pour cela compréhensible que par l’article 112 , les élus puissent contester devant une commission ad hoc les avis conformes des architectes des Bâtiments de France, car il n’y a pas de démocratie sans débat.

Les collectivités locales disposent des CAUE, généralement mal dotés et souvent peu écoutés. La loi sur la démocratie de proximité était une occasion rêvée pour réactiver et réformer les CAUE et en faire le centre du débat local architectural.

Mais le patrimoine est justement ce qui échappe au débat local, en raison de sa valeur universelle. Le Mont Saint-Michel est-il seulement bas-normand comme "Madame Bovary" serait un roman haut-normand ? Il est probable d’ailleurs que les élus, en votant ce texte, soient tombés dans un piège. Car aux Monuments Historiques sont attachés des avantages considérables de défiscalisation et des contraintes non moins considérables pour leur environnement. Que n’a-t-on pas dit du château de tel ou tel homme politique national ? Que ne dira t-on pas des manoirs des amis des élus locaux ? Il n’empêche que le débat entre Patrimoine Architecture et Démocratie a été ouvert officiellement au Parlement.

Au même moment où nos élus s’emparaient du Patrimoine, la loi MOP était contestée à Bruxelles.

La réforme de la loi de 1977 ne sera possible qu’à condition d’écouter ces avertissements et de repenser l’organisation de l’Architecture en France dans le respect du principe de subsidiarité du Droit Européen.

Benoît Peaucelle
Président de la Société Française des Architectes
   
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Page mise à jour le 01/04/02
 
 
 
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