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COLLOQUE « LE PROJET EN QUESTIONS »

organisé par la SFA en partenariat avec les CNRS

Les 14 et 15 mars 2008


THEMATIQUE


Ce colloque réunissant, dans le cadre de la SFA, avec le soutien du CNRS, architectes praticiens et enseignants du projet, historiens, philosophes ou ingénieurs, s’organise autour de trois axes de réflexion :


1. Tandis que le développement des « spécialisations » en architecture tend à effacer les repères, on est en droit de se demander : que sait-on du projet ? Ce colloque propose donc, en premier lieu, de définir cet objet de pensée particulier qu’on appelle le « projet ». Est-ce la préfiguration d’une réalité construite, une méthodologie de conception appliquée aux bâtiments, ou bien est-ce autre chose ? Peut-on envisager une définition générale du projet par delà les différentes expressions architecturales ?


Ce champ de réflexion recoupe la question de la réussite du « fait architectural », qu’il s’agira d’élucider en s’appuyant sur des cas précis permettant de faire la part entre la « valeur projet » et la « valeur édifice ».

2. Le rapport du projet à ce qui l’entoure :


a. L’enseignement du projet.
Quel est le poids du projet dans le contexte français actuel des études d’architecture ? Les enseignants du projet pourraient intervenir sur cette question déterminante pour l’avenir de la discipline.


b. La portée du projet.


Il s’agira ici de débattre des conditions de possibilité du projet dans le système de production du bâti auquel il est contraint de se plier. Le projet peut-il s’inventer comme manière d’agir sur le réel au sein des procédures de production en vigueur dans nos sociétés ?


c. Le statut du projet.


L’empire de l’image et la mort du projet : l’aliénation du geste architectural sous le joug des mouvements médiatiques et financiers, mobilisés par les seuls enjeux commerciaux, fait appel au devoir de critique au sein de la profession. Il sera également question d’interroger les conséquences de la transformation des outils de communication au cours des 15 dernières années, sur l’architecture et sur le projet.


3. Le projet est-il l’objet privilégié de l’architecture ? Son rôle est-il de penser l’architecture, ou bien est-il un instrument au service d’une représentation sociale ? Cette distinction, outre le fait qu’elle permet de situer deux grands courants hérités du XXe siècle, pose la question de l’autonomie et de la portée du projet. Dans un cas, le projet est l’expérience d’une recherche heuristique, se situant sur un plan parallèle aux pratiques artistiques, techniques et scientifiques. Dans l’autre, il se présente davantage comme la traduction, dans le cadre bâti, des rationalités économiques et techniques d’un moment de la société.

 

PROGRAMME


VENDREDI 14 MARS


9h00 - Alberto Campo Baeza (Université Polytechnique de Madrid)
L’IDEE BATIE, OU PENSER AVEC LES MAINS


Texte non communiqué pour le moment


9h30 - Cuno Brullmann (Vienna University of Techonoly)
UTOPIA REAL


Le projet architectural souffre de la réalité. Nombreux concepts avant-gardistes sont trahis par leur réalisation. La transposition du projet théorique en un bâtiment construit lui fait souvent perdre toutes ses qualités. Pourtant la réalité construite est la finalité de l’architecture. C’est à partir de ce constat, que j’ai conçu une partie de mon enseignement à l’Université Polytechnique de Vienne (TU Wien). Différents laboratoires expérimentaux de l’Institut que je dirige se proposent de trouver une réponse à cette problématique. C’est une méthodologie appliquée d’une part dans le design studio « UTOPIA-REAL » et d’autre part dans l’atelier « DESIGN-BUILD ». Les étudiants y construisent et habitent des structures expérimentales qu’ils ont conçues et réalisées ensemble dans l’atelier. Cette méthode a aussi été testée dans des projets de plus grande ampleur pour répondre à des problèmes spécifiques, par exemple dans des townships près de Johannesburg en Afrique du Sud, ou plus récemment sur l’île de Nias en Indonésie. Ces recherches dans le cadre universitaire sont le fruit des expériences pratiques menées entre autres à mon agence, où nous travaillons actuellement sur des projets aussi complexes que la réhabilitation du CNIT à la Défense, la zone centrale de l’aéroport de Nice, ou le bâtiment « live and work » à Vienne. L’expérience montre que peu de jeunes architectes maîtrisent le passage du projet à la réalité du bâtiment construit. Beaucoup ont une certaine connaissance du développement du projet théorique à l’ordinateur, mais ils laissent à d’autres spécialistes la mise au point du projet et sa réalisation. Pourtant c’est dans la transposition à la réalité, sans perdre les qualités originelles du concept, que repose en grande partie la qualité de l’œuvre finie. Des expériences comme « Utopia Real » et « Design-Build », se proposent de remédier à cette lacune.

10h00 : séance de questions

10h30 : pause


11h00 - Rémi Rouyer (ENSA Versailles)
L’IMAGINAIRE TECHNIQUE DANS LA GENESE DU PROJET
LES FIGURES DE TRANSPOSITION


Comprendre la genèse des cultures techniques dans l’architecture est l’objet principal de cette communication, en analysant au travers de démarches d’architectes comment la pensée constructive s’élabore par un système de médiations. Le lien entre savoir technique et représentation oscille entre des expériences matérielles et leur réduction à des « figures constructives » qui agissent dans l’imaginaire comme des schèmes, pour engager une démarche de projet et dépasser la complexité du monde productif. Les figures seraient par conséquent des opérateurs d’action qui font remonter la question technique dans le travail de conception pour passer du matériau à la forme. Le projet se produit à partir de cette relation entre le conceptuel et le matériel. Les procédures de conception de l’architecture suivraient un processus de mémorisation « représentationnelle » et « figurale » de l’expérience constructive. Le projet serait par conséquent un sujet d’énonciation, un mode d’action en représentation.
Nous proposons par conséquent de mettre en perspective historique cette question en introduisant cette communication par la façon dont sont problématisées les relations entre matériaux, procédures et la mise en action du projet au XIXe et au début du XXe siècle, en particulier au travers des textes de Gottfried Semper, pour ouvrir sur les mécanismes représentationnels du projet aujourd’hui. Il s’agira d’analyser comment ces rapports « procédure-figure » qui fondent la démarche du projet chez des architectes comme Herzog et de Meuron ou Lacaton et Vassal constituent autant de récits architecturaux de la pensée constructive, permettant aux concepteurs de transposer l’économie de la construction dans l’économie de leur projet.

 

11h30 - Benoît Peaucelle (Société Française des Architectes)
PROJETER DANS L’EXISTANT


Je veux parler du projet qui considère l’existant comme une donnée respectable, l’assimile, et en même temps se donne toute liberté pour y insérer ce qui fait justement le « projet ». Il ne s’agit donc pas des projets de restauration de Monuments Historiques qui fleurissent en Europe depuis cinquante voire cent ans et ne livrent que des édifices vides, étonnamment vides. Il s’agit pour moi de ces projets stupéfiants inventés par Michel-Ange à Santa-Maria delle Grazie et Palladio à la Basilique de Vicence ; quel respect du passé, et quel audace.
Cet art du projet dans l’existant a de nos jours été pratiqué avec brio par Giancarlo di Carlo, Andrea Bruno, Chemetov et Huidobro, Reichen et Robert, et beaucoup d’autres. Il a été souvent illustré dans des livres et revues. Il a été surtout chanté par les historiens italiens du « Restauro ». Mais il reste peu théorisé et guère plus enseigné. Est-il possible de théoriser et d’enseigner cet art de la restauration, de la réhabilitation, de la réutilisation, voire de la rénovation ? Car nous savons bien que la Charte de Venise n’est guère plus utile à l’architecture que les règles de calcul de béton armé.
Il existe pourtant une possibilité de rendre compte des spécificités du projet dans l’existant, en revalorisant le diagnostic (terme technique, administratif et barbare) comme une opération peu technique mais au contraire comme le premier geste architectural. Il s’agit pour l’architecte de peser les contraintes et les contraires, comme nous l’avons appris des théories de la complexité. Car dans un projet dans l’existant, toute décision peut engendrer des effets rétroactifs redoutables. C’est pourquoi l’on voit trop souvent des bâtiments violentés ou abandonnés parce qu’on ne sait qu’en faire…Les théories modernes de la complexité peuvent être une source de résurgence pour le projet architectural. Tel sera mon propos…

12h00 : séance de questions


12h30 : Interruption de mi journée

14h30 - Benoît Weil (Ecole des mines de Paris)
PROJET, INNOVATION ET REGIMES DE CONCEPTION INDUSTRIELLE


L’engouement pour le projet auquel on assiste dans le monde industriel depuis une vingtaine d’années est avant tout le signe d’une crise profonde des modes de raisonnement de conception en usage dans les entreprises ou enseignés dans les écoles d’ingénieurs.
Certes la gestion de projet a permis aux entreprises d’accroître la vitesse de renouvellement et la variété de leurs nouveaux produits. Mais elles peinent aujourd’hui à relever les nouveaux défis de l’innovation intensive apparus depuis 1995.
A première vue cette difficulté peut sembler paradoxale. L’innovation n’est pas un enjeu nouveau. C’est précisément pour maîtriser un flux abondant d’innovation que les entreprises industrielles ont inventés les bureaux d’études et la R&D au XIXe siècle. Notre thèse est qu’on assiste aujourd’hui à un changement de nature de l’innovation. L’innovation recherchée et poursuivie par les industriels révise l’identité des objets, déplace les marchés existants, bouscule les compétences.
Or le régime de « conception réglé » en vigueur dans les grandes entreprises supposait une identité stabilisée des objet à concevoir. Le passage à un régime de « conception innovante » suppose de nouvelles capacités d’innovation Celles-ci exigent à leur tour de nouvelles théories du mode de raisonnement de conception innovante, de nouvelles formes d’organisations et de nouveaux modes de pilotage et d’évaluation économique.

 

15h00 - Karim Basbous (Ecole Polytechnique)
LE PROJET COMME RECHERCHE


La conception architecturale ne saurait se réduire à l’expression d’une idée destinée à être traduite en figure, ni même à la production d’une esquisse qu’il s’agirait par la suite de développer au fil d’un processus d’agrandissement des échelles, d’affinage, de mise en précision. Faire un projet ne consiste pas à viser d’emblée une figure à laquelle le programme devra se plier, ni d’errer dans les géométries variables pour saisir arbitrairement une singularité plastique, mais d’initier un mouvement conduisant à une forme sans la préfigurer.
Je proposerai donc d’interroger le projet comme une capacité de l’esprit à se mouvoir patiemment dans l’obscurité d’une pensée fragmentaire et tâtonnante, pour finir par s’étonner soi-même en découvrant un agencement insoupçonné. On verra également en quoi cette expérience marque un double renversement : la théorie n’est plus un savoir prescriptif antérieur au projet mais un examen a posteriori de sa réussite, et le verbe « faire » recouvre sa portée conceptuelle.


15h30 : séance de questions


16h00 - Pier Luigi Nicolin (Facoltà di Architettura del Politecnico di Milano)
LA VERITE EN ARCHITECTURE


En ce qui concerne le problème que je propose d’aborder – la vérité en architecture – il est nécessaire de repartir du mouvement moderne pour lequel l’architecture élimine les constructions faites de maçonnerie et de pierres, le mur et sa structure lapidaire, en mettant en oeuvre les nouveaux matériaux (ciment, acier, verre) qui permettent de définir le plan libre.
Le « plan libre » représente la libération du projet de chaque niveau au sein de l’édifice. Le plan est libre parce que les poteaux, la structure en métal ou en béton permettent une absolue liberté des surfaces ainsi que des façades qui ferment le volume de la construction.
En conséquence, la libération des structures constructives, des liens traditionnels constructifs amorcée par le mouvement moderne a donné naissance à une nouvelle recherche sur l’espace architectural et sa représentation, bouleversant les positions traditionnelles et introduisant une liberté qui permet l’éclosion de ce que j’appelle un nouveau genre de « licence ».
La réflexion sur l’exactitude et la « vérité » est depuis longtemps un thème de la tradition occidentale. Il suffit de penser aux avertissements de Serlio, au XVIe siècle, au sujet des « licences » architecturales, ces masques qu’il attribuait à la superposition d'éléments impropres à un parti architectural adéquat.
Pour un débat au sujet de la « vérité en Architecture », je soutiens à mon tour la thèse que le masque est à comprendre comme une condition du paraître, de l’être présent en soi : il appartient à l’ensemble de la tradition architecturale occidentale, qui développe aujourd’hui cette thématique dans un dialogue systémique entre le squelette et la peau, et ses variantes.
Au point que même les défenseurs les plus aguerris de la juste et correcte représentation ne pourraient limiter le devoir formel de l'architecture à la mise en évidence pure et simple de son appareil tectonique. Je propose, au contraire, que le débat se développe dans l’élaboration du sens, et dans les conditions de légitimité du « masque » dans l'architecture contemporaine.


16h30 - Stanislaus Von Moos (Académie d’architecture de Mendrizio)
AUTOUR DE LA VILLE CHANTIER


Les médias s’intéressent aux villes, villages, et plus généralement aux bâtiments surtout lorsque il y a eu des dégâts. Ce qui fascine avant tout par rapport au domaine bâti c'est les explosions, les inondations, les incendies. De fait, nous vivons dans une culture où dominent les images de ruines.
Cependant, il existe aussi une version optimiste de l’esthétique des ruines: une esthétique du chantier ou de la « ruine inversée » (« Ruins in reverse », comme disait Robert Smithson). Cette esthétique « performative » correspond non seulement avec un certain nombre de conceptions clef de l’architecture moderne. Elle facilite aussi d’envisager la ville en tant que processus plutôt qu’en tant que projet final.


17h00 : séance de questions
et clôture de la première journée


SAMEDI 15 MARS

 

9h00 - Benoît Goetz (Université de Metz) avec Chris Younès (ENSA de Clermont-Ferrand)
LE PROJET COMME DEFINITIONS ET INDEFINITION DE L’ARCHITECTURE


Le projet en tant qu’il résiste à la théorie et la suscite apparaît constituer un seuil critique pour l’ancrage de l’architecture comme discipline et comme culture interdisciplinaire. En effet, les interfaces effectives du projet architectural entre connaissance, action et expérience ouvrent un chantier de recherche particulièrement stimulant que ce soit dans le projet, sur le projet, par le projet ou autour du projet.
Il s’agit dans ces différentes situations de penser les savoirs et savoir-faire en jeu – ce qui contribue à réduire la distance entre théorie et pratique – et comprendre leurs interactions comme leurs effets et les productions qui en résultent. Différents plans y sont de fait impliqués, de façon plus ou moins explicite ou implicite, avec l’articulation de systèmes d’intentionnalités et de savoirs sous-tendus par des visions du monde, des positions éthiques, la mise en œuvre de problématisations théoriques et sociétales ou l’expression d’un vecteur de transformation du réel… Le projet, qui ouvre et recommence sans cesse l’expérience du sens, met en jeu une complexité concrète, ce qui dépasse des positionnements parcellaires dans lesquels serait privilégié un primat de la théorie, de la science ou la production. Il exige au contraire d’affronter des contradictions paradoxales puisqu’il requiert distanciation et engagement.
Nous envisagerons plus particulièrement dans quelle mesure le projet s’inscrit dans une dynamique paradoxale de définitions et d’indéfinition de l’architecture. L’architecture n’est pas « indéfinissable » au sens où l’on dit, en philosophie, de l’individu qu’il ne peut jamais être défini (on ne peut définir que des espèces). Son « in-définition » doit être comprise comme l’impossibilité d’arrêter une définition adéquate qui fixerait l’essence de l’architecturalité.


09h30 - Franco Purini (Faculté d’architecture Valle Giulia)


Texte non communiqué pour le moment

10h00 - Luigi Snozzi (École polytechnique fédérale de Lausanne)
VIVE LA RESISTANCE


Cet exposé représente une synthèse des diverses problématiques qui se posent aujourd’hui à l’architecte:
le rapport entre politique et architecture, le rôle social de l’architecte, l’importance de l’éthique, la responsabilité des intellectuels et donc des écoles vis-à-vis le problème de la guerre dans une société qui se définit démocratique.
Par ce qui concerne le projet architectural on se pose le problème du rapport homme-nature et selon la position assumée les répercussions au niveau du projet. On parlera aussi de l’importance de l’histoire et du lieu d’intervention. A travers quelques projets urbains on cherchera de donner des réponses concrètes au développement de la ville en antithèse à la praxis des urbanistes d’aujourd’hui et aux problèmes de son extension incontrôlée.
L’exposé sera basé en partie sur des aphorismes des années septante écrits par l’architecte dans le cadre de son premier enseignement à l’Ecole Polytechnique Fédérale de Zürich et illustré par quelques projets urbains: un quartier d’habitations à Brissago, un village sur le Lago Maggiore, le plan guide pour la commune de Cabras en Sardaigne pour l’introduction dans une zone agricole du tourisme et le plan pour la Deltamétropole de Hollande.


10h30 - Laurent Salomon (ENSA Paris-Belleville)
LE CORBUSIER : UN DESIR D’HABITER L’ESPACE PICTURAL


Lors d’un colloque sur Le Corbusier, le Docteur Jacques Hindermeyer, médecin personnel de Le Corbusier témoigna de ses discussions avec son patient portant sur ses diverses activités. Il insista notamment sur la façon dont Le Corbusier se présentait à lui comme « un peintre égaré dans l’architecture ».
Il m’est resté de cette intervention un goût d’inachevé, le sentiment qu’il y avait dans cette sorte d’aveu à un tiers « hors milieu » une vérité cachée qui méritait toute notre attention. Qu’en est-il aujourd’hui des révélations sur le travail de Le Corbusier ? De cette œuvre aussi complexe que cohérente, nous avons beaucoup appris. Sur le comment de ses projets, avec cette géométrie réversible de l’intérieur à l’extérieur par laquelle il nous fait parcourir un espace qui, pour être physiquement appréhendable, n’est que le reflet d’un espace mental lui-même nommé indicible. Sur le pourquoi de son œuvre, avec ces historiens nous saturant d’explications sur les relations entre ses voyages et sa production esthétique, entre ses errances idéologiques et son intérêt pour l’urbain, entre son goût du contrepoint hérité de sa mère qui aurait influencé son sens du rythme et de l’ordre, etc. Toutes ces informations anecdotiques nous porteraient à croire que nous connaissons sa personne et qu’en conséquence, nous nous approchons d’une meilleure compréhension de son œuvre.
Mais que fait Le Corbusier ? Que fait-il dans ses allers-retours entre son atelier de peintre et son atelier d’architecture ? Quelle est sa quête ? Quel est son projet ? Nous voici justement au cœur du sujet : le Projet.
Je voudrais ici vous emmener dans une promenade visuelle au sein de cette œuvre inutilement coupée en deux - par lui comme par ses thuriféraires – et qui pourtant s’observe comme une unité esthétique à progression constante, parlant sans doute de tout ce qu’y a identifié William Curtis, mais parlant aussi de l’égalité évidente entre espace pictural et espace architectural. Qu’arrive-t-il donc quand, pris par « Corbu » par la main, nous passons au travers de cet écran intangible, quand nous nous retrouvons au cœur même du tableau ?

11h00 : séance de questions


11h30 - Arnoldo Rivkin (ENSA Versailles)
LE PROJET AUJOURD’HUI


On assiste par rapport au projet architectural à une situation paradoxale. Si, entre des travaux théoriques ennuyeux et des propos médiatiques lénifiants, le discours sur l’architecture révèle sa difficulté à pointer les enjeux du projet ; il est possible au même moment de remarquer à l’intérieur de la production architecturale (Ito, Koolhaas, Herzog parmi d’autres), l’émergence d’expérimentations spatiales qui, dépassant le simple « avant-gardisme », ouvrent de nouveaux territoires à explorer. On y trouve des échos des dernières intuitions corbuséennes : celles d’une architecture anti-compositionnelle conçue par strates, jouissant de la liberté des « mariages de contours » et redécouvrant les « joies essentielles » d’un nouveau rapport à la nature.
Retour de la pensée corbuséenne là où l’on ne pensait pas la trouver ? Peut être. Suite d’une pensée architecturale s’exprimant dans l’espace concret plutôt que dans le discours des théoriciens ou des critiques. Sans doute.
L’enjeu du projet aujourd’hui est alors de renouer avec des procédés d’élaboration qui font appel non pas tant à la composition qu’à l’invention, non pas tant à la préfiguration qu’à l’espacement : à l’ouverture à un « à venir ».
L’enjeu est aussi a contrario celui d’une théorie indissociable de l’espace architectural. En d’autres termes l’enjeu n’est pas celui d’une pensée « sur », mais celui d’une pensée « en » architecture.


12h00 - Olivier Gahinet (ENSA Strasbourg)
OU EST LE PROJET DANS LE PROJET ?


Texte non communiqués pour le moment


12h30 : séance de questions


13h00 : interruption de mi journée


14h00 - Antoine Picon (Harvard University)
LE PROJET AU RISQUE DU NUMERIQUE


Dans l'histoire de la discipline architecturale, les savoirs relatifs au processus de conception proprement dit occupent une position tout à fait paradoxale. D'un côté, ils représentent clairement le coeur de la discipline. Mais de l'autre, ils ont été rarement théorisés de manière frontale. De la Renaissance au XVIIIe siècle, la plupart des auteurs de traités ont préféré se concentrer sur la question des ordres ou encore sur des problèmes de distribution ou de construction. Contrairement aux déclarations de certains de ses pères fondateurs, le Mouvement Moderne ne s'est guère montré plus explicite quant aux procédures de projet. C'est du côté d'un auteur comme Durand ou d'une institution comme l'Ecole des Beaux Arts que l'on trouve en réalité l'une des formulation les plus précises d'un certain nombre d'hypothèses concernant l'apprentissage et la pratique du projet.
Après s'être interrogé sur les raisons de cet étrange mise entre parenthèse, l'intervention proposée tournera autour des mutations induites par la montée en puissance de la culture numérique au cours de la dernière décennie. Celle-ci tend d'une part à déplacer les enjeux du projet.
A l'accent mis sur la surface et à la renaissance de la question de l'ornement répond la crise de l'idéal tectonique auquel avait adhéré la Modernité, si l'on en croit du moins un Kenneth Frampton. Mais le plus important concerne l'explicitation des stratégies de projet. L'usage intensif de l'ordinateur conduit en effet à reposer la question des procédures de conception avec une urgence nouvelle.


14h30 - Preston Scott-Cohen (Harvard University)
THE PLAN AS SHOT AND CUT

texte non communiqués pour le moment

 

15h00 - Bruno Jean Hubert (ENSA Paris-Malaquais)
DONNER DES CONTOURS A L'INFORMEL

texte non communiqués pour le moment


15h30 : séance de questions


16h00 - Philippe Potié (ENSA Grenoble)
L'ARCHITECTURE COMME "ACTE DE FOI", UNE LECTURE RUSKINIENNE.


La foi est très certainement la notion qui nous est devenue la plus étrangère pour aborder l’architecture après que le progrès technique ait balayé de son souffle laïque l'art de bâtir. Aussi, à titre d'hypothèse, nous voudrions ici faire l’effort de penser le projet, sous la férule de Ruskin, à la manière d’un « acte de foi ». Loin de nous l’idée d’évoquer le retour à une quelconque religiosité, mais bien au contraire d'essayer "d'isoler" dans "l’acte de foi" sa dynamique édificatrice (au sens où c’est en effet le geste du tailleur de pierre, du menuisier, du peintre qui est posé comme guide dans "Les sept lampes de l'architecture").
Dans cette perspective, il s'agirait alors d’envisager le projet d’architectural à la manière d'une sorte de rituel, de quête, de parcours initiatique dont l’œuvre achevée constitue le moment de Vérité. Ce faisant, c'est tout le rapport à la matière, à la technique qui se trouve modifié, voire inversé, l'ornement devenant le révélateur de cette "vérité".
Étonnamment, et c’est la raison de notre retour au texte de Ruskin, cette "foi" dans l’acte d’édifier n’est pas sans faire écho aux élans prophétiques d'une réflexion contemporaine où se mêlent le souci d'une gestion durable de notre environnement, une éthique de la responsabilité et une morale de la précaution. Aujourd'hui comme hier, il est question d’un pacte avec la Nature au regard duquel le projet architectural aurait pour double mission de sacraliser la Matière et de contenir les élans d'une technique suspectée de la profaner.
Un imaginaire du projet est aujourd'hui en train de redéployer son espace qui retrouve des lieux parcourus initialement par les théoriciens du XIXe siècle, et "oubliés" par les Modernes. Nous aimerions ici nous ressaisir de cette pensée dont la "foi" en l'univers créé portait le dessein de tout projet futur.

 

16h30 - Pierre Caye (CNRS)
ARCHITECTURE ET DIFFERENCE


L’architecture se conçoit dès son origine vitruvienne sous la forme d’un couple, le couple de la fabrica et de la ratiocinatio, c’est-à-dire du chantier et du projet : pas de chantier valide sans projet, et de même pas de projet sans sa prise et sa maîtrise du chantier. Il est clair que ce couple originaire est appelé à un grand avenir non seulement dans l’histoire de l’architecture mais aussi, d’une façon plus générale, dans la genèse de la technique moderne. De ce couple, l’architecture vitruvienne ne cherche pas tant à en faire la synthèse qu’à en signifier la différence, l’écart qui ne cesse de s’instaurer et de se réinstaurer entre les deux termes, un écart stimulant qui engendre de nouveaux problèmes et de nouvelles résolutions, bref qui contribue à l’invention architecturale.
Je montrerai dans un premier temps qu’en réalité cette différence fondamentale est tributaire d’une autre différence, au sein même du projet vitruvien, entre la proportion et l’eurythmie, c’est-à-dire entre l’harmonie numérique de l’édifice et son harmonie linéaire. Puis je réfléchirai d’une façon plus générale, sur ce jeu des deux différences et sur sa signification dans l’invention architecturale.


17h00 : séance de questions et clôture du colloque

Lieu du colloque : Société Française des Architectes, 247 rue Saint-Jacques 75005 Paris

Entrée libre et gratuite
Pour toute informations, veuillez contacter Karim Basbous par email : culture@sfarchi.org



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Page mise à jour le 12/03/08
 
 
 
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